Le Treasury à 4%, alternative possible au livret A?

Obligations du Trésor américain face à l’euro, illustrant le rendement des Treasuries et le risque de change EUR/USD pour un investisseur français.
TLDR : Les obligations américaines offrent de nouveau des rendements élevés, avec environ 4% à un an et 2,42% de rendement réel sur le TIPS à dix ans. Pour un investisseur français, l’opportunité est pourtant moins évidente : fiscalité, risque EUR/USD, durée, et choix du support peuvent absorber une grande partie du supplément de rendement. À mon sens, les Treasuries sont surtout intéressants comme poche dollar assumée, pas comme simple substitut au cash en euros.

Le rendement américain est redevenu sérieux

Les obligations du Trésor américain ont retrouvé une caractéristique que l’on avait presque oubliée : elles rémunèrent de nouveau l’attente. Au 12 août 2026, la courbe publiée par le Trésor affichait environ 3,97% à six mois, 4,00% à un an, 4,20% à deux ans, 4,68% à dix ans, et 5,24% à trente ans. Sur les TIPS, qui ajustent leur principal à l’inflation américaine, le rendement réel à dix ans atteignait 2,42%. Autrement dit, le marché américain permet aujourd’hui de verrouiller des taux nominaux proches de 4% sur les maturités courtes, ou d’obtenir un rendement réel contractuel nettement positif sur la dette indexée à l’inflation. 1,2

Ce niveau de rémunération n’est pas un accident isolé. Le 29 juillet, la Réserve fédérale a maintenu son taux directeur entre 3,50% et 3,75% par neuf voix contre trois. Beth Hammack, Neel Kashkari, et Lorie Logan auraient préféré une hausse de 25 points de base. La banque centrale reste donc confrontée à une inflation encore trop élevée pour considérer le travail terminé. Les chiffres publiés le 12 août vont dans le sens d’un apaisement, mais pas d’un retour complet à la normale : l’inflation américaine s’est établie à 3,4% sur un an en juillet, et l’inflation sous-jacente à 2,5%. 3,4

C’est précisément ce qui rend la période intéressante. Les taux courts restent élevés parce que la Fed n’a pas repris son cycle de baisse, tandis que le ralentissement de l’inflation commence à redonner de la valeur au rendement réel. Je pense toutefois que le mot « opportunité » doit être manié avec plus de prudence pour un investisseur français que pour un épargnant américain. Un Américain qui achète un Treasury et le conserve jusqu’à l’échéance raisonne dans sa monnaie de dépenses. Un Français, lui, achète simultanément une obligation et une devise.

Le vrai risque pour un Français n’est pas le Trésor américain, c’est le dollar

Le 13 août 2026, le taux de référence de la Banque centrale européenne était de 1 euro pour 1,1534 dollar. Ce chiffre n’a rien d’anecdotique. Si je convertis 10 000 euros en dollars, que j’achète une obligation à un an rapportant 4%, puis que l’euro monte à 1,21 dollar au moment du remboursement, la valeur finale reconvertie tombe autour de 9 914 euros avant fiscalité et frais. Le coupon a été intégralement gagné en dollars, mais l’appréciation de l’euro l’a plus qu’effacé en euros. À l’inverse, si l’euro retombait vers 1,10 dollar, le même placement vaudrait environ 10 905 euros avant impôt. 5

C’est, à mon sens, le point que les comparaisons de taux bruts escamotent le plus souvent. Un Treasury à un an n’est pas un livret garanti à 4% pour un résident de la zone euro. Il est une créance de très haute qualité libellée dans une monnaie étrangère. Pour celui qui prévoit des dépenses en dollars, qui veut constituer une réserve en devise américaine, ou qui cherche délibérément une diversification monétaire, cette caractéristique peut être recherchée. Pour celui dont le patrimoine, le logement, les revenus, et les projets sont essentiellement en euros, elle crée au contraire une source de volatilité qui n’existe pas sur un placement en euros.

Il est possible de couvrir le risque de change, notamment via des fonds ou ETF disposant d’une classe couverte en euros. Mais cette couverture n’est pas gratuite. Le coût de couverture reflète en grande partie l’écart entre les taux monétaires des deux zones, auquel s’ajoutent les frais et les conditions de marché. En pratique, couvrir le dollar revient donc souvent à abandonner une partie du supplément de rendement qui rendait l’obligation américaine séduisante au départ. La question n’est pas de savoir si la couverture est bonne ou mauvaise, mais si l’on veut réellement porter le dollar.

Après impôt, l’avantage paraît déjà moins spectaculaire

Notre fiscalité confiscatoire resserre encore l’écart. En 2026, les revenus tirés de valeurs mobilières sont, dans le cas général, soumis à un prélèvement total de 31,4%, composé de 12,8% d’impôt sur le revenu et de 18,6% de prélèvements sociaux, sauf option globale pour le barème progressif. À titre d’ordre de grandeur, un rendement brut de 4% laisse donc environ 2,74% après un prélèvement de 31,4%, avant frais de courtage, spread de change, et variation EUR/USD. 6

Cette comparaison devient plus parlante lorsqu’on la met face aux solutions françaises. Le Livret A rapporte 1,7% net d’impôt depuis le 1er août 2026. Sur 10 000 euros, l’écart théorique entre un Treasury à 4% taxé à 31,4% et un Livret A à 1,7% représente environ 104 euros par an avant change et frais. Ce calcul n’a évidemment de sens que dans la limite des plafonds et des conditions propres à ce livret, mais il donne une bonne mesure du prix réel du risque dollar. 7

Une fois les livrets réglementés remplis, la comparaison devient plus ouverte. Le taux €STR se situait à 2,185% le 12 août, et le taux de dépôt de la BCE à 2,25%. Les placements monétaires en euros suivent approximativement cet environnement, avec des rendements variables et une fiscalité propre à chaque support. À l’autre extrémité de la courbe, le taux français TEC 10 atteignait 3,94% le 13 août. Cela ne signifie pas qu’une OAT à dix ans soit équivalente à un Treasury à un an, mais cela rappelle que le marché obligataire en euros n’est plus un désert de rendement non plus. 8,9

Mon analyse est donc assez simple : l’investisseur français ne doit pas comparer « 4% aux États-Unis » à « 1,7% sur le Livret A » comme s’il s’agissait de deux chiffres directement substituables. Il doit comparer des rendements nets, dans la même devise de référence, avec la même durée, la même liquidité, et la même fiscalité. Une fois ce travail fait, l’avantage américain existe encore dans certains cas, mais il est nettement moins automatique.

T-bill, TIPS, ou obligation à trente ans : ce ne sont pas trois versions du même placement

Le marché américain offre plusieurs manières de prendre du rendement, et chacune répond à un besoin différent. Les Treasury bills à quelques mois sont d’abord des instruments de gestion de liquidité. Ils permettent de fixer un rendement sur une courte période et réduisent fortement le risque de taux lié à une revente avant échéance. Pour un investisseur qui veut une poche dollar temporaire, c’est probablement la partie de la courbe la plus facile à comprendre.

Les notes à deux, cinq, ou dix ans changent de nature. Elles fixent le taux plus longtemps, ce qui devient intéressant si la Fed réduit ses taux dans les prochaines années : une obligation déjà émise avec un coupon plus élevé peut alors prendre de la valeur. Mais le mécanisme fonctionne dans les deux sens. Si l’inflation repart, si la Fed doit resserrer davantage, ou si les rendements de marché montent pour des raisons budgétaires, la valeur de marché des obligations existantes baisse. L’AMF rappelle ce lien mécanique entre taux et prix des obligations à taux fixe. La maturité longue transforme donc un placement de rendement en pari de duration. 10

Le trente ans à 5,24% illustre parfaitement ce changement. Le taux affiché est supérieur, mais l’investisseur accepte en échange des décennies de sensibilité aux taux, à l’inflation, et au dollar. Une hausse d’un point de pourcentage des rendements peut provoquer une baisse de prix à deux chiffres sur une obligation aussi longue. Je ne considérerais donc jamais le Treasury à trente ans comme une version « mieux rémunérée » du cash. C’est un actif de portefeuille de long terme, dont le prix peut être très volatil même si l’État américain rembourse finalement le nominal à l’échéance.

Les TIPS ajoutent une autre nuance. Leur principal évolue avec l’indice américain des prix à la consommation, et le rendement réel de 2,42% à dix ans est objectivement remarquable. Mais pour un ménage français, un TIPS ne protège pas directement contre l’inflation française ou européenne. Il protège contre l’inflation américaine en dollars. Le pouvoir d’achat final en euros dépend toujours du taux de change. Ce produit peut être excellent pour qui veut une exposition réelle au dollar ; il n’est pas une assurance parfaite contre la hausse du coût de la vie en France.

Obligation en direct ou ETF : la différence devient importante à l’échéance

Il convient d’insister sur une distinction souvent négligée : détenir une obligation jusqu’à son échéance n’est pas la même chose que détenir un fonds obligataire à duration constante. Une obligation individuelle achetée puis conservée jusqu’au remboursement converge vers sa valeur de remboursement, hors défaut. Les fluctuations intermédiaires comptent surtout si l’on doit vendre avant terme. Un ETF obligataire classique, lui, renouvelle régulièrement les titres de son portefeuille pour rester dans une zone de maturité donnée. Il n’existe donc pas nécessairement de date unique à laquelle l’investisseur récupère mécaniquement le nominal initial.

Cette différence ne signifie pas que l’ETF soit inférieur. Il apporte diversification, liquidité, simplicité opérationnelle, et parfois couverture de change. Il faut simplement comprendre ce que l’on achète. Les ETF à échéance cible constituent d’ailleurs un cas intermédiaire, puisqu’ils sont conçus pour voir leur duration diminuer au fil du temps. Pour un investisseur français sur des supports américains, la bonne comparaison porte donc sur la duration effective, la devise, la couverture éventuelle, les frais, la fiscalité, et la structure du fonds, pas seulement sur le rendement affiché.

L’achat direct de Treasuries passe généralement par un compte-titres auprès d’un intermédiaire donnant accès au marché obligataire américain. Pour un investisseur non-résident américain correctement documenté, les intérêts pouvant être qualifiés de « portfolio interest » sont généralement exonérés de retenue à la source américaine ; l’IRS cite explicitement l’exemple d’un investisseur étranger achetant des obligations du Trésor avec un formulaire W-8BEN. Cela ne supprime évidemment pas l’imposition française, et la mécanique déclarative dépend de l’intermédiaire et de l’instrument détenu. 11

La meilleure raison d’acheter des Treasuries est de vouloir du dollar

À mes yeux, la thèse devient beaucoup plus cohérente dès qu’on cesse de présenter les obligations américaines comme un remplacement universel de l’épargne en euros. Si un investisseur sait qu’il aura besoin de dollars dans un an ou deux, les T-bills et notes courtes permettent de faire travailler cette trésorerie sans prendre le risque d’actions américaines. S’il veut diversifier une partie de son patrimoine hors euro, la dette souveraine américaine permet de porter le dollar avec un rendement positif et un risque de crédit limité.

La logique est différente pour celui qui cherche seulement la sécurité de son épargne de précaution. Son passif quotidien est en euros : loyer, crédit immobilier, impôts, dépenses courantes, et projets familiaux. Introduire du dollar dans cette poche crée un risque qui n’est pas rémunéré de façon certaine une fois l’impôt pris en compte. Je garderais donc la liquidité de court terme dans la monnaie de dépense, quitte à accepter un rendement nominal inférieur.

Enfin, l’investisseur qui anticipe une baisse des taux américains peut volontairement allonger la duration. C’est une stratégie recevable, mais il faut la nommer correctement : ce n’est plus de la trésorerie, c’est un pari macroéconomique. Le scénario favorable est celui d’une inflation qui continue de ralentir, d’une Fed qui assouplit sa politique, et de rendements obligataires qui baissent. Le scénario défavorable est une nouvelle poussée inflationniste ou une prime de terme plus élevée, qui ferait baisser les prix obligataires. La dissidence de trois membres du FOMC en juillet montre que cette seconde hypothèse n’est pas théorique. 3

Ce que je ferais de cette fenêtre de marché

Je séparerais d’abord les besoins plutôt que les produits. La réserve de sécurité doit rester liquide et cohérente avec la monnaie des dépenses. Les projets à horizon connu peuvent accueillir des obligations dont l’échéance correspond à la date du besoin. La poche d’investissement à long terme peut, elle, porter davantage de duration, de change, ou de diversification internationale. Ce découpage évite de confondre rendement disponible et rendement approprié.

Dans cette grille, les Treasuries courts ont une vraie place pour un Français qui souhaite déjà détenir des dollars. Le rendement autour de 4% permet de ne plus laisser cette devise improductive. Les maturités intermédiaires peuvent servir à verrouiller un taux si l’on accepte la volatilité de marché, tandis que les TIPS offrent une exposition intéressante au rendement réel américain. Le trente ans ne me semble pertinent que pour un investisseur capable d’assumer une très longue duration et de fortes variations de prix.

La fenêtre peut se refermer de deux manières. Une baisse des taux de la Fed réduirait rapidement les rendements des nouvelles émissions courtes, tandis qu’une remontée des taux rendrait les obligations déjà détenues moins attractives en prix de marché. Dans les deux cas, vouloir attendre le moment parfait revient à spéculer sur la trajectoire des taux. Une construction par échéances successives peut être plus robuste qu’un pari unique sur un point de la courbe.

Le message important, selon moi, n’est donc pas que la Fed vient d’offrir le placement à ne pas manquer, c’est que l’obligataire américain est redevenu une classe d’actifs rémunératrice après une longue période où le rendement réel était faible, voire négatif. Pour un épargnant américain, ce changement est majeur. Pour un investisseur français, il devient intéressant à condition d’intégrer le dollar, la fiscalité, et la duration dans la décision. Une obligation sûre en dollars peut être un placement très rationnel ; elle n’est pas automatiquement un placement sûr en euros.

Repères documentaires

Les données de marché, éléments macroéconomiques et règles fiscales cités dans cette analyse ont été vérifiés à partir des sources officielles suivantes.

1. U.S. Treasury, courbe quotidienne des rendements nominaux du 12 août 2026. Consulter la source

2. U.S. Treasury, courbe quotidienne des rendements réels des TIPS du 12 août 2026 ; TreasuryDirect, fonctionnement des TIPS. Rendements réels · Fonctionnement des TIPS

3. Réserve fédérale, communiqué du FOMC du 29 juillet 2026 : maintien du taux à 3,50 %-3,75 % par neuf voix contre trois. Consulter la source

4. Bureau of Labor Statistics, Consumer Price Index – juillet 2026, publié le 12 août 2026. Consulter la source

5. Banque centrale européenne, taux de change de référence EUR/USD du 13 août 2026. Consulter la source

6. impots.gouv.fr, fiscalité des valeurs mobilières, page mise à jour le 20 mars 2026. Consulter la source

7. Banque de France, rémunération et fiscalité des livrets d’épargne réglementée en vigueur en août 2026. Consulter la source

8. Banque centrale européenne, €STR au 12 août 2026 et principaux taux directeurs. €STR · Taux directeurs

9. Agence France Trésor, indice TEC 10 au 13 août 2026. Consulter la source

10. Autorité des marchés financiers, relation entre hausse des taux et baisse du prix des obligations à taux fixe. Consulter la source

11. Internal Revenue Service, documentation W-8BEN et exemption de « portfolio interest » pour un investisseur étranger achetant des obligations du Trésor américain. Consulter la source

12. Autorité des marchés financiers, règles générales du PEA et du compte-titres ordinaire. PEA · Compte-titres

Avertissement : cette analyse est fournie à des fins d’information et de réflexion générale. Elle ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat, de vente ou de conservation d’obligations, d’ETF, de devises ou de tout autre instrument financier. Les rendements, taux de change, règles fiscales et conditions de marché peuvent évoluer. Les obligations comportent notamment des risques de taux, de change, de liquidité et, selon l’émetteur, de crédit. Toute décision doit être adaptée à la situation patrimoniale, à l’horizon, à la fiscalité et à la tolérance au risque de l’investisseur.

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